Charism

Qu’est-ce qu’un frère dominicain?

Étienne de Salanhac, O.P., a un jour décrit le frère dominicain comme ” un chanoine de profession, un moine dans l’austérité de sa vie, et un apôtre par son office “. Bien qu’il s’agisse d’une bonne illustration, les paroles de Stephen nécessitent une explication plus complète.

Les dominicains ne sont pas tout à fait des chanoines réguliers (comme le sont les Norbertines), mais nous trouvons une grande joie dans la récitation priante de la Liturgie des Heures. Tous nos couvents et toutes nos communautés prient l’office en chœur, offrant notre louange à Dieu tout au long de la journée.

Les dominicains mènent une vie de pauvreté et de simplicité évangélique, comme le font les moines bénédictins ou trappistes, mais nous ne sommes pas liés à un seul cloître. En tant que disciples de la Règle de saint Augustin, et exhortés par la dernière volonté et le testament de saint Dominique, nous “tenons toutes choses en commun” (comme les premiers disciples dans les Actes des Apôtres).

Enfin, les dominicains participent à l’office des apôtres en proclamant l’Évangile en tout temps et en tout lieu – évangélisant, combattant l’hérésie et l’erreur, et accomplissant les œuvres spirituelles de miséricorde – mais ils ne sont pas prêtres diocésains.

Nourris par notre vie commune, et par de nombreuses heures d’étude et de prière, les dominicains offrent leur vie pour la prédication de l’Evangile. Ce que nous recevons du Seigneur, nous le transmettons aux autres, en partageant les fruits de notre contemplation, afin que tous puissent connaître et aimer Dieu.

Alors, qu’est-ce que le frère dominicain ? C’est un prédicateur contemplatif.

Lectures suggérées :
Les premiers dominicains par le P. Simon Tugwell, O.P.

 

PRIÈRE

Caractéristiques de la prière dominicaine

L’Eucharistie et l’Office divin
Avant de fonder l’Ordre des Prêcheurs, saint Dominique était intimement impliqué dans la prière officielle de l’Église. Chaque jour, il offrait le¬ sacrifice
eucharistique¬ et participait à l’office divin. Dominique s’est tourné vers le Christ dans sa prière parfaite au Père, sachant que c’est par une telle orientation que l’humanité commence à être sauvée. Il a transmis cette croyance et cette tradition à ses disciples, reconnaissant que notre prière en commun – à la messe quotidienne et dans la récitation chorale de la liturgie des Heures – était nécessaire à l’épanouissement de notre vie commune.

L’étude contemplative
Au Moyen-Âge. Beaucoup de gens voyaient l’étude comme un obstacle à la prière, qui était considérée comme un exercice pieux du cœur. Dominique, cependant, voyait l’étude comme une occasion d’éclairer l’esprit et de diriger le cœur vers Dieu. Pour le Dominicain, l’étude se veut contemplative. Ce n’est pas un vide de l’esprit, mais une exploration plus aimante du monde créé car il reflète la grandeur de Dieu. Pour ce faire, il faut d’abord être informé par le Christ, comme le révèlent les Saintes Écritures et les écrits des Pères de l’Église et des Saints.

Le Rosaire
Au fil des siècles. l’Ordre des Prêcheurs promeut le chapelet parmi les fidèles, aidant à établir la Confrérie du Rosaire et les groupes de prière à travers le monde. Chaque jour, les dominicains récitent au moins cinq douzaines, encourageant la dévotion à la Bienheureuse Vierge Marie et demandant son intercession. En priant et méditant sur les paroles et les actions du Christ et de sa mère, nous réfléchissons sur le mystère du salut et sur notre mission d’annoncer la bonne nouvelle.

Prière privée
En plus de notre prière commune et des heures d’étude, les dominicains passent au moins une demi-heure par jour en méditation privée, généralement plus. Cette période de prière mentale a souvent lieu pendant l’adoration devant le Saint Sacrement, mais elle peut se faire à tout moment. C’est une occasion de lectio divina, de lecture spirituelle, de réflexion silencieuse ou d’autres dévotions.

Les Neuf Voies
Encore une autre caractéristique de la prière dominicaine : son utilisation du corps. La liturgie eucharistique, avec son délicat mélange de mouvement et de geste, engage toute la personne dans le culte. Dominique a incorporé ces gestes (se tenir debout, s’incliner, s’asseoir, faire génuflexion, s’agenouiller, lever les bras) dans sa prière privée, développant ce que nous appelons communément les neuf voies. Les membres de l’Ordre des Prêcheurs perpétuent aujourd’hui cette tradition en enrichissant notre prière commune et privée.

ÉTUDE

La tradition intellectuelle dominicaine

Les Constitutions de l’Ordre des Prêcheurs affirment que ” saint Dominique, en fondant l’Ordre, était vraiment novateur ; il a intimement lié l’étude au ministère du salut ” (LCO, 76).
Ainsi, depuis 800 ans, les dominicains se consacrent avec ferveur à l’étude rigoureuse de l’Écriture Sainte, de la philosophie, des sciences naturelles et de la théologie. Notre étude, cependant, ne reste pas dans le domaine de la spéculation mystérieuse. Au lieu de cela, il est transmis pour le salut des autres par notre prédication et notre enseignement.
Pour le Dominicain, “l’étude est ordonnée à la prédication, et la prédication au salut des âmes” (De Vita Regulari, VIII). Le bienheureux Humbert donne une longue liste louant l’utilité et la bonté de l’étude, une liste qui ne peut être complètement épuisée ici :
-L’étude “forme l’homme intérieur” et donne vie aux pratiques extérieures de la vie religieuse.
-L’étude est utile pour les autres car “nous ne sommes pas capables de prêcher, de donner des conseils, d’entendre des confessions, ou de semer des vérités spirituelles, à moins qu’une étude vigoureuse ne demeure parmi nous”.
-L’étude nous permet d’aimer Dieu davantage puisque “plus nous en savons sur Dieu, plus nous avons l’occasion de l’aimer et de Le servir”.
-L’étude, en particulier des Écritures, rafraîchit et réconforte l’âme de l’étudiant.
Les dominicains accordent une attention particulière à l’étude de saint Thomas d’Aquin, O.P., car ses œuvres rendent compte de manière systématique et profonde de la création, de la nature humaine, de la morale, de la vie spirituelle, du mystère du Dieu trinitaire et de la personne de Jésus Christ. Son adaptation magistrale de la philosophie dans son travail théologique donne à ses écrits une profondeur et une clarté incomparables dans la manière dont il est capable de parler de Dieu.
Etant peut-être le fruit de l’esprit humain le plus brillant que l’Église ait jamais vu, l’enseignement se St Thomas d’Aquin sonne d’une voix digne de confiance et faisant autorité à chaque fois que la théologie est étudiée. En effet, le Code de droit canonique exhorte tous les étudiants en théologie ” à pénétrer plus profondément dans les mystères du salut, avec saint Thomas en particulier comme maître ” (CIC, 252, §3).
Les dominicains de tous les siècles ont adapté, développé et redécouvert la magnifique pensée de saint Thomas d’Aquin dans leur travail de prédication de la vérité de la foi catholique. Les frères d’aujourd’hui sont envoyés dans le monde moderne comme prédicateurs de la Vérité, équipés de la grande sagesse que leur accorde le Docteur Angélique, sur lequel ses frères comptent maintenant pour l’intercession céleste.

VIE COMMUNE

Un seul esprit et un seul cœur en Dieu

“Et tous ceux qui croyaient étaient ensemble et avaient tout en commun.”
Ce passage des Actes des Apôtres (2,44), qui décrit la vie des premiers chrétiens, sert aussi de modèle et de fondement à notre vie commune de dominicains. En plus de vivre ensemble dans des prieurés et des couvents/maisons, nous embrassons la pauvreté et nous nous dépouillons de tous nos biens personnels. Mais ce n’est qu’une partie de ce que signifie vivre en communauté.
Dans sa Règle, saint Augustin affirme que “la motivation principale de votre vie commune est de vivre harmonieusement dans la maison et d’avoir un seul cœur et une seule âme cherchant Dieu”. S’il est vrai que nous avons tout en commun, notre vie fraternelle n’est pas seulement le partage des biens. Nous devons aussi nous efforcer d’être d’un seul esprit et d’un seul cœur en Dieu. Cet objectif n’est possible que lorsque nous nous tournons vers la première communauté de personnes – la Trinité. En tant que telle, notre fraternité est d’abord et avant tout renforcée lorsque nous nous réunissons pour la prière.
Cette fraternité est encore plus soutenue lorsque nous partageons le travail de nos frères et lorsque nous nous rencontrons pour discuter de sujets importants. En apprenant de nos aînés, qui transmettent la sagesse et les traditions de l’Ordre des Prêcheurs, ainsi que leurs propres connaissances et expériences, nous découvrons le lien entre la qualité de notre vie et celle de notre témoignage au monde. Ces périodes d’étude, de conversation et de récréation communes nous rappellent notre mission. “Les frères, d’un même esprit par l’obéissance et liés par un amour supérieur, grâce à la chasteté, plus étroitement dépendants les uns des autres, grâce à la pauvreté, doivent d’abord construire dans leur propre couvent l’Église de Dieu, qu’ils doivent répandre dans le monde par leurs efforts” (LCO, 3).

MINISTÈRE

La vie d’un prédicateur

Saint Thomas d’Aquin, O.P., a écrit dans sa Summa Theologica que “de même qu’il vaut mieux éclairer que simplement briller, de même vaut-il mieux donner aux autres les fruits de sa propre contemplation que simplement contempler” (II-II.188.6co). Ce partage de ce qui a été contemplé est précisément le type de prédication typique de la vie dominicaine.

Les dominicains sont appelés à une vie profonde de contemplation pour s’engager dans la prédication contemplative. Le terme “prédication” est souvent utilisé aujourd’hui comme un terme large pour signifier beaucoup de choses différentes, mais traditionnellement, la prédication peut être comprise en quatre catégories : (1) catéchétique, qui instruit sur la foi ; (2) morale, qui exhorte à vivre la foi ; (3) apologétique, qui cherche à éliminer les obstacles à la foi ; (4) contemplative (ou sainte), qui cherche à conduire les fidèles à une rencontre avec le Dieu vivant.

Cette prédication “devrait normalement attirer l’auditeur vers la contemplation”, note le P. Thomas Phillippe, O.P., dans La vie contemplative. Le dominicain doit être capable de jouer les “entremetteurs” entre Dieu et les fidèles, d’inspirer à son public l’amour de Dieu. Comme le dit notre propre P. Antoninus Wall, O.P., dans L’État religieux mixte de saint Thomas : “La prédication transmet aux autres la perfection intérieure de la contemplation de la manière la plus complète, car elle pousse non seulement l’intellect à connaître la vérité, mais aussi la volonté à un amour affectif et effectif pour elle”.

Pour le Dominicain, cette profonde capacité de faire avancer les cœurs et les esprits vers l’amour de Dieu est apportée par une adhésion aimante et fidèle à tous les éléments de la vie dominicaine.

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